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mardi 19 mai 2026

GUIVRY - EPHEMERIDE - 19 MAI

Cela s'est passé à Guivry le 19 Mai 1912

La Compagnie d'arc de Guivry étant dans la préparation du Bouquet Provincial qui se tiendra dans le village le 27 mai prochain, on trouve la liste d'une partie des donateurs/trices dans le journal du 19 mai 1912:

Journal Le Réveil de l’Aisne du 19 mai 1912

« Guivry. Liste des donations faites par les jeunes filles de Guivry pour le Bouquet Provincial :

Mesdemoiselles :

Jeanne Létoille a donné la somme de 30 francs.

Suzanne et Fernande Josse – Briquet, 40 fr.

Marthe Devaux 10 fr., Thérèse et Marcelle Truffart 10 fr.

Marie Tardieux 6 fr.

Marcelle Cardon, Eugénie Delair, Charlotte Godin, Angèle Gentilini, Albertine Tenaillon, Amélia Poiret, Georgette, Louise et Claire Target – Francelle, Léontine et Eva Mutel ; Henriette, Anselma, Rose, Georgette et Alice Lalouette ; Réjane Georget, Marguerite Anscomb, Yolande Anguise, Jeanne Hongre, chacune 5 fr.

Réjane Lemaire, Yvonne et Irène Carpentier 4 fr.

Jeanne Dassonville, Laure Sagnier, Yvonne et Martine Lalouette, Léontine Malézieux 3 fr.

Suzanne Cardon, Germaine Carpentier, Albertine et Louise Chevreux, Odette Liénard, Fernande Lemaire, Philomène Cardon, Marie Liénard, Léopoldine Poiret, Raymonde Blondelle, Louise et Jeanne Lemaire, Simone Francelle, Clotilde Clément, Cécile Margottet 2 fr.

Suzanne et Germaine Liénard, Maria Sézille 1 fr.

Plus une somme de 48 fr. offerte par des personnes généreuses. »


mercredi 27 mars 2024

GUIVRY - EPHEMERIDE - 27 MARS

Cela s'est passé à Guivry le 27 Mars 1904

Angèle Henriette Gentilini

Etat civil de Guivry

Naissance d’Angèle Henriette Gentilini.


Peu de gens, vivants actuellement, l'ont connue, et pourtant... 

Angèle est une fille d'immigrés italiens. Ses parents étaient marchands forains et se sont établis à Guivry à la naissance de leur première fille Marie Rose. Leur fils Dominique donnera sa vie pour la France lors de la première guerre mondiale, son nom est inscrit sur le Monument au Morts de notre village.

Dans les années 90, la Mairie a été contactée, un don (conséquent) venait d'être fait à la commune de Guivry suite à un décès, celui d'Angèle. Quelques-uns dans le village avaient le souvenir de cette belle dame, qui passait visiter quelques connaissances, toujours habillée à la mode et dans une belle voiture, mais personne ne s'attendait à ce leg.

Angèle est née à Guivry où ses parents étaient bien implantés depuis 1892. Lors de la première guerre mondiale, alors qu'il ne restait que peu d'habitants dans le village occupé par les allemands, il est arrivé ceci: 

(Témoignage d'Edouard Cœurdevey, instituteur dans le civil et militaire à Guivry au moment des faits) . Mme Chevreux raconte à Edouard. 

" Une nuit de février (1917), à cinq heures, une patrouille prussienne, baïonnette au canon vient heurter aux portes des maisons dont la liste est entre les mains d'un sous-officier. Les femmes réveillées en sursaut, les coups violents. 

C'est ici chez X ? Bien. Dans votre famille il y a Monsieur X, Mademoiselle unetelle...

- Oui.

- Bien. M.M. tel, tel... se rendront à six heures à la Kommandantur. Une voiture les emmènera. Qu'ils prennent avec eux un petit paquet de ce qu'ils voudront. Adieu. Soyez exacts, sinon amende.

Et la patrouille va de porte en porte, les derniers de la liste sont prévenus une demi-heure, un quart d'heure à l'avance.

Les jeunes filles doivent se vêtir en hâte, maris laisser leur femme, et mères leurs enfants, sans avoir le temps de s'embrasser et partir sans même avoir pu se laver ni se peigner, s'en aller ainsi brutalement de la chassie et des larmes aux yeux, dans l'inconnu.

La scène de l'Italien, veuf avec sa fillette malade (Angèle), suppliant qu'on ne l'arrache pas à son enfant.

- Je suis étranger. Je n'ai ni parents ni amis, je ne puis abandonner sur son lit cette enfant. Je ne vous ai rien fait. Je ne suis pour rien dans cette guerre, laissez-moi, pour mon enfant !

- Tonnez la kamine au foisin et en route, hop.

Et le pauvre diable, aidé d'un coup de crosse, monta dans la voiture."

Angèle sera accueillie par des habitants du village et s'en rappellera toute sa vie. Elle passera régulièrement voir des "connaissances" dans le village et demandera à être inhumée dans son petit village. 

L'argent de cet héritage a servi à la réalisation du parc de jeux de notre commune qui porte le nom "Espace Angèle Gentilini".


















jeudi 13 mai 2021

GUIVRY - EPHEMERIDE - 13 MAI

Cela s'est passé à Guivry le 13 Mai 1917

Retour de la 10° compagnie du 417° Régiment d’Infanterie, faisant office de dépôt divisionnaire (D.D.). (Edouard restera à Guivry de Mai à Juillet 1917). Edouard Coeurdevey a rédigé des carnets pendant toute la durée de la guerre, nous le retrouverons au fil des jours dans Guivry.


Journal d’Edouard :

« Un clair matin de printemps, départ de Caillouël. Nous avons gravi la cote 167, un dernier regard jeté à l’ample vallée de l’Oise en fleurs, puis c’est la marche dans la forêt frissonnante : les jeunes feuilles baignent dans des parfums de muguet ; la colonne glisse comme une lente couleuvre dans un chemin creux, débouche en plaine : Guivry – dans les fleurs.

La nature est plus forte que la haine. Elle fait éclater l’espoir dans les champs désolés et recouvre les villages en ruines d’un manteau de fleurs : un voile blanc jeté sur un cadavre.

Pauvre France ! Pauvre village, pauvres paysans. Il est des agglomérations entièrement rasées. Il ne reste rien à envier, personne pour pleurer. Ici, la destruction fut plus douloureuse étant incomplète : le choix des victimes fait mieux ressortir le sadisme du bourreau.

Nos hôtes sont particulièrement éprouvés. Trois hommes et trois jeunes filles de la famille ont été emmenés en servitude. Les trois maisons possédées par la famille ont été incendiées la veille du départ des monstres.

La jeune femme fait le récit des horreurs, la grand-mère écoute, les larmes roulent de ses vieux yeux ternes.

Deux scènes particulièrement frappantes.

Première scène.

Une nuit de février, à cinq heures, une patrouille prussienne, baïonnette au canon vient heurter aux portes des maisons dont la liste est entre les mains d’un sous-officier.

Les femmes réveillées en sursaut, les coups violents. C’est ici chez X ? Bien. Dans votre famille il y a Monsieur X, Mademoiselle unetelle….

« - Oui »

« - Bien. M.M. tel, tel… se rendront à six heures à la Kommandantur. Une voiture les emmènera. Qu’ils prennent avec eux un petit paquet de ce qu’ils voudront. Adieu. Soyez exacts, sinon amende. »

Et la patrouille va de porte en porte, les derniers de la liste sont prévenus une demi-heure, un quart d’heure à l’avance.

Les jeunes filles doivent se vêtir en hâte, maris laisser leur femme, et mères leurs enfants, sans avoir le temps de s’embrasser et partir sans même avoir pu se laver ni se peigner, s’en aller ainsi brutalement de la chassie et des larmes aux yeux, dans l’inconnu.

La scène de l’Italien, veuf, seul avec sa fillette malade, suppliant qu’on ne l’arrache pas à son enfant.

« - Je suis étranger. Je n’ai ni parents ni amis, je ne puis abandonner sur son lit cette enfant. Je ne vous ai rien fait. »

« - Je ne suis pour rien dans la guerre, laissez-moi, pour mon enfant ! »

« - Tonnez la kamine au foisin et en route, hop. »

Et le pauvre diable, aidé d’un coup de crosse, monta dans la voiture.

La maison où est mon bureau appartenait à un des meilleurs propriétaires du village, n’exploitant avec sa femme et sa fille de vingt-quatre ans, qu’une partie de son domaine, le reste en location.

La maison d’ailleurs étant cossue, devait loger des officiers.

Le père, plusieurs fois, rabroua sa jeune fille accostée, entourée par les hôtes importuns :

« - Ce n’est pas ta place, vas donc à la cuisine. »

Il lui en fut gardé rancune. Et le jour de l’enlèvement des déportés, le père, la mère, la jeune fille figuraient sur la liste.

La maison abandonnée au pillage. Le grenier offre un spectacle à pleurer. Le linge fin est déchiré, épars, souillé, perdu au milieu d’édredons éventrés, d’ustensiles de cuisine cassés, de meubles brisés.

Deuxième scène. Celle de l’incendie.

La veille du départ des Boches, la population reçut ordre de prendre un paquet des objets les plus précieux et de se réfugier à l’église, car le village devait être détruit :

« - Comment ! (me raconte la jeune femme) nous vous avons reçus pendant plus de deux années, nous vous avons hébergés, soignés, blanchis, vous avez eu tout ce qui vous a fait plaisir, ce que nous ne voulions pas donner vous l’avez pris, vous nous avez pris nos récoltes, nos vaches, nos chevaux, vous nous avez pris jusqu’au dernier lapin et maintenant que vous avez tout épuisé, qu’il ne nous reste que nos maisons pour nous abriter, vous allez encore nous ôter cela et nous les brûler ?? C’est cela votre remerciement ! »

« - Ah ! Madame, gros malheur. C’est la guerre ! Mais c’est un ordre, allez vite à l’église. »

Et les malheureux affolés, éplorés, femmes, vieillards, enfants se tassèrent avec leurs paquets dans l’église.

Les soudards ricanaient à la vue de tous ces paquets dont le tas grossissait vite au milieu de la nef :

« - Oh ! Vous ! Encore beaucoup riches. Une grenade (incendiaire) là-dedans. »

Et ils faisaient le geste féroce de lancer la grenade, et ils s’amusaient de la terreur crispée sur les visages. Puis L’horrible nuit commença. L’une après l’autre, après les détonations de la grenade incendiaire lancée par l’équipe de bandits, les granges s’allumèrent… Les grandes flammes éclairaient l’intérieur de l’église et les pauvres gens assistaient impuissants à la destruction de leurs foyers ; ils épiaient la direction des flammes et des explosions. Tiens, c’est chez « Pierre » ! Tiens, c’est chez « Michel ». Et les familles « Pierre » et « Michel » se tordaient de désespoir épouvanté.

La première nuit de ce martyre les misérables ne détruisirent que les granges.

Le lendemain, sous les yeux des fermiers, ils cassaient à coup de hache les instruments aratoires, sciaient les rais des roues de ces énormes tombereaux picards, ou bien y mettaient le feu.

Dans les cours aujourd’hui, on voit encore des tas de ferraille calcinée ou des herses, des voitures sciées, brisées… La ruine du pays assurée, son relèvement paralysé. Puis dans l’après-midi quand les spahis parurent à l’horizon, les maisons où la sympathie pour l’Allemagne ne s’était pas traduite assez vivement s’allumèrent à leur tour. Les plus belles habitations.

Là où les femmes avaient été viles, l’indulgence fut accordée… Et c’est une triste chose dans chaque village de voir que les gens de bien et de cœur furent châtiés tandis que les hypocrites, les fourbes et la fripouille furent épargnés. La main de Dieu pesa durement sur les familles honnêtes, sur l’élite morale de la population.

C’est bien celle-ci qui fut décimée, ruinée, martyrisée, dispersée.

Et hélas, l’injustice et l’iniquité se continue, se multiplie comme les orties ; les secours, les dons, l’aide que le gouvernement ou des Comités d’inspiration généreuse s’empressent d’envoyer aux populations délivrées ne vont en grande partie qu’à ceux qui en sont indignes. Ce sont ceux-là qui ont aujourd’hui le haut du pavé. Hier, ils étaient souris, vivent les rats, maintenant ils sont oiseaux, vive la France…

Ils font les empressés ; à eux le soin de les répartir. Et quand on aura fait sur la terre une répartition équitable et désintéressée les épines produiront du raisin. Ainsi, il a été envoyé ici un premier lot de vingt-quatre poules et quatre coqs – pour reconstituer la volaille des anciens fermiers.

Ce sont quatre propriétaires qui n’étaient pas fermiers, quatre petits rentiers qui se les sont attribués.

Et comme la voisine disait à l’un d’eux :

« - Puisque vous avez reçu des poules vous allez les « assir » et vous nous donnerez une paire de poulets ? »

« - Je vous donnerai de la merde, fut-il répondu textuellement. »

Ainsi sont les hommes !...

Il y aurait un beau recueil à faire sur les tours, niches, que les « schlauen Franzosen » (rusés Français) ont joués au Boche inquisiteur et bourreau.

- La dissimulation des états civils pour échapper aux réquisitions.

- La vie des hommes dans les bois les premiers mois de la guerre.

- Les deux Anglais cachés durant deux ans par une bonne vieille qui meurt…Les prétendus sacs de pommes de terre à la cave. Découverte du subterfuge. » 

samedi 22 août 2020

GUIVRY - EPHEMERIDE - 22 AOUT

Cela s'est passé le 22 août 1914 pas à Guivry, mais la date est importante pour notre commune est ses habitants.

Le 22 août 1914 est le jour où est mort Etienne Dominique Gentilini à Joppécourt en Meurthe et moselle. 
Dominique est né à Clastres le 06 Août 1889, mais il habite Guivry. De la classe 1909, il rejoint le 150° Régiment d’Infanterie basé à Saint-Mihiel où il reçoit la distinction de première classe.


dimanche 2 août 2020

GUIVRY - EPHEMERIDE - 02 AOUT

Cela s'est passé à Guivry le 02 août 1925


Inauguration du monument aux morts de Guivry et de la Mairie-Ecole.


L’hommage aux morts de Guivry
La résurrection de la commune
02 Août 1914 – 02 Août 1925

A onze ans de distance, jour pour jour, le village de Guivry s’est éveillé ce dimanche 02 Août, fiévreusement et, sous la brume qui ouatait le vallon si gai si verdoyant par les beaux jours d’été. Hâtivement, les habitants achèvent les préparatifs de la fête, s’empressent à réparer les dommages de l’ondée sur les décors, guirlandes, allées sablées, etc.….
Le 02 Août 1914… c’était la mobilisation, le premier jour d’angoisses, le début de ce long martyre auquel la France et plus particulièrement ses provinces du nord allaient être vouées.
Le 02 Août 1925… c’est l’allégresse, la résurrection du village, comme le dira fort bien un peu plus tard l’excellent maire M. Lequeux. C’est aussi l’hommage, l’honneur aux morts ; à ceux qui ont fait à la patrie le plus grand de tous les sacrifices.
Sur les banderoles qui claquent au vent ; dans le travers de la rue principale, on lit, en lettres dorées des devises, et des souhaits de bienvenue ; on y lit tout particulièrement celles-ci : « Oublier, jamais ! » et « Souvenir – Amitié ».
Cette dernière tout particulièrement nous a plu ; elle peut être donnée comme définitive à la commune de Guivry où l’on a à tous les degrés le culte de l’amitié et celui du souvenir. Les nombreux invités, dont M. le maire et la municipalité furent entourés dès dix heures du matin, en sont un témoignage de plus.
Sans la pluie malencontreuse – venue sournoisement la nuit contrarier les efforts de plusieurs semaines – ces invités, ces amis, eussent été bien plus nombreux encore.
La matinée
A dix heures, sur la place de la nouvelle Mairie-Ecole, le cortège se forme pour se rendre à l’église. M. Achille Lequeux, maire est entouré de ses collègues du Conseil Municipal : MM. Martin Auguste, adjoint, Guillaume Louis, Pestel Fernand, Germain Charles, Guffroy Charles, Godin Théodule, Cardon Jean, Chevreux Théophile, Dassonville Emile ; puis les Anciens Combattants de Guivry et de Beaugies-sous-Bois, sous la conduite de leur président M. Paul Duval ; la compagnie d’Arc de Guivry avec drapeau et tambour, en tête viennent les enfants et les jeunes filles portant en écharpe les trois couleurs et Mme Latappy, directrice de l’école mixte.
La messe a lieu dans la chapelle provisoire ; elle est célébrée par M. l’Abbé Créteur, curé de Béthancourt-en-Vaux, desservant de Guivry ; harmonium et chants s’ajoutent à la cérémonie au cours de laquelle l’officiant va exalter la mémoire des morts et tout particulièrement celle des enfants de Guivry dont le monument sera inauguré quelques heures plus tard.
M. Pierre Legrand, de Villeselve, à la voix chaude et bien timbrée a voulu apporter sa contribution à la cérémonie.
Les drapeaux, les Anciens Combattants, les Archers et le Conseil Municipal prennent place dans le chœur ; en quelques minutes la chapelle est remplie ; le sol détrempé malgré la couche de sable ne permet pas de se tenir dehors.
Quel dommage de n’avoir pas pu célébrer cette messe en plein air, dans ce vallon où le soleil eût caressé tour à tour les frondaisons des coteaux et les moissons de la plaine dont les vergers, les prés et les céréales rivalisent de vigueur et d’abondance !
Au prône, M. l’Abbé Créteur rappela le nom des glorieux morts de Guivry et de Beaugies-sous-Bois et il sut, après avoir exalté la grandeur de leur sacrifice leur décerner, en termes élevés, l’hommage du prêtre et les honneurs de la religion, ajoutant les consolations de la Foi et de l’espérance que leur acte de charité mérite à ces héros et à ceux qui les pleurent.



L’office dominical terminé, le cortège se reforme et entoure l’emplacement du monument ; la bénédiction est donnée, après les chants liturgiques, par l’Abbé Créteur puis on gagne le cimetière où il reste encore quelques vénérables sapins échappés à la hache de l’envahisseur ; sous leur larges branches semblables à des allées tutélaires, les enfants de Guivry tombés pour la France dorment leur dernier sommeil auprès de leurs aïeux dont la plupart furent des vétérans de l’autre guerre…
Au drapeau ! Un roulement de tambour : les drapeaux s’inclinent.
Sur la tombe de deux soldats étrangers à la commune mais dont les corps n’ont pas été réclamés, l’officiant renouvelle les rythmes de l’absoute puis M. Paul Duval, président de la section des Anciens Combattants de Guivry adresse à ses camarades une allocution où il fait l’éloge des morts, en rappelant aux survivants qu’ils doivent rester unis et garder précieusement le souvenir des souffrances endurées en commun ; il salue ses anciens camarades des deux communes voisines, unies en ce jour par le même sentiment du plus pur patriotisme.
Il est près de midi quand on quitte le cimetière. Regagnant la rue principale, la foule s’écoule lentement encore douloureusement émue, puis le cortège va vers la Mairie-Ecole où le vin d’honneur est servi ; le verre en main M. Lequeux souhaite la bienvenue à tous les invités, il a un mot aimable pour tous ceux qui, venus de près ou de loin dès la matinée ont tenu à donner à la commune de Guivry le précieux témoignage de leur amitié.
Le banquet
Pendant que dans la grande salle de son établissement M. Berton se multiplie avec les siens pour dresser les quatre-vingt couverts prévus, la Municipalité attend, au centre du village, l’arrivée de ses invités officiels.
Depuis dix heures la pluie a cessé ; timidement, le soleil fait un sourire à la vallée d’or ; mais les lourdes nuées descendent encore au flanc des collines et semblent s’y reposer pour reprendre, un peu plus tard avec une nouvelle vigueur leur désastreux épanchement si préjudiciable à la culture et en particulier à cette fête dont Guivry espérait un plus réconfortant succès et ses organisateurs une légitime satisfaction ; ils l’ont quand même car chacun a tenu à rendre hommage à leurs efforts et à les plaindre de ce qu’un ciel inclément s’acharnait à contrarier un programme si heureusement élaboré .
Il est presque midi et demi quand l’auto des « officiels » dévale la dernière côte et vient se ranger près de la place. M. l’Inspecteur primaire Riffault en descend accompagnant M. Damel, Président du Conseil de Préfecture, M. Accambray, député, conseiller général ; entre temps, M. Maubant, conseiller d’arrondissement est venu se joindre à la Municipalité de Guivry.



Avec aisance et cordialité le Maire de Guivry reçoit ses hôtes et les conduit à la salle du banquet décorée de guirlandes et attributs divers. M. Damel préside la table d’honneur ayant à sa droite MM. Achille Lequeux, Riffault, A. Maubant, P. Duval et à sa gauche MM. Accambray, Colleau, Desain maire de Beaugies-sous-Bois.
Les trois autres tables sont occupées par des groupes amicalement réunis où voisinent les différents et nombreux convives : Mme Latappy, M. Juy, directeur de la coopérative de reconstruction, MM. Ledoux Paul, maire de Neuflieux, Pau, maire de la Neuville-en-Beine, Bonnard Emile, maire d’Ugny-le-Gay, Rouzé, maire de Villeselve, Bellanger et Hocry Octave, de Chauny, les représentants de la presse, etc.
En dépit de la température fraîche et maussade, la chaleur communicative s’établit dès les premiers plats – et ils sont nombreux car M. Berton les a multipliés dans la composition de son menu, sans prétention mais très confortable – les vins remplacent le soleil absent et bientôt la plus franche cordialité rapproche indistinctement tous les convives.
On fait honneur à l’excellente cuisine de Mme Berton et les accortes serveuses, ses parentes, n’ont pas de répit.
A l’heure des toasts elles prendront un peu de repos car tour à tour : M. Lequeux, puis M. Damel et M. Accambray, échangeront remerciements, félicitations et encouragements.
L’honorable maire de Guivry, dont l’émotion se devine porte le premier toast :
Mesdames, Messieurs,  
J’ai l’agréable devoir de vous remercier bien cordialement, de l’honneur que vous avez fait à notre commune en acceptant de participer aux manifestations d’aujourd’hui !
Nous honorons nos morts !
Nous consacrons notre résurrection !
Pour ce double devoir, ma joie est grande de voir réunis autour de cette table, les représentants des pouvoirs publics, nos élus départementaux, cantonaux et communaux, mes collègues des communes voisines et amis qui trouvent ici un nouveau témoignage de nos épreuves, un nouvel exemple de nos efforts, et pour qui,  je veux résumer en deux mots, le caractère de cette journée.
Nous nous souvenons !
Nous travaillons !
Se souvenir, c’est s’inspirer de la grande leçon de nos héros, tombés dans l’accomplissement du devoir !
Travailler !, c’est accomplir le vœu de ceux qui se sont sacrifiés, pour que, sur notre sol, libéré de la souillure de l’envahisseur, nous retrouvions notre foyer, avec notre liberté…
C’est ainsi qu’aux heures d’amertume et de découragement, il nous suffit d’évoquer les enfants de Guivry, dont nous glorifions aujourd’hui la mémoire, pour que la besogne qui nous incombe, nous paraisse moins lourde.
Soyons confiants : ceux qui survivent à la grande épreuve ont le devoir de préparer un avenir digne de notre passé.
Nous inaugurons aujourd’hui l’Ecole et le monument aux morts ; plaçons notre action entre ces deux symboles.
C’est dans ces sentiments, Mesdames, Messieurs que je vous demande de lever vos verres à la France d’hier et de demain, à notre effort dans l’union pour que, par la République notre pays poursuive dans la paix sa mission et ses destinées.
D’unanimes applaudissements éclatent et les convives témoignent à M. Lequeux leur vive satisfaction.
M. Damel présente les excuses de M. Bègue retenu à Flavy-le-Martel ; quand à lui, il remercie la Municipalité de sa gracieuse invitation ; exprime au maire le plaisir que toute l’assemblée a éprouvé en l’entendant ; félicite tous ceux et celles qui ont répondu avec un louable empressement à l’appel de leur maire ; rend hommage au patriotisme des populations meurtries, patriotisme et dévouement inlassables que M. Lequeux vient de rappeler en un langage très précis et très heureux.
Le représentant du préfet loue l’activité incontestable de tous les habitants, de leur Municipalité puis il les assure du dévouement de leur député et conseiller général, comme aussi de celui du conseiller d’arrondissement ; il ajoute que toute la sollicitude de M. l’inspecteur primaire est acquise à l’école de Guivry où l’on témoigne de tant d’efforts et de bonne volonté soutenue ; enfin il constate avec plaisir que la population laborieuse et paisible de cette riche campagne possède la notion exacte du civisme et du patriotisme.
M. Damel lève sa coupe au président de la République, aux convives et aux amphitryons.
Quand les applaudissements se sont calmés, M. Accambray dit quelques mots au nom des invités présents ; il ne fera pas de discours ; à son double titre de député et de conseiller général il se félicite de se trouver en aussi bonne compagnie ; il remercie la Municipalité de Guivry et lève sa coupe de Champagne à la commune de Guivry, au canton de Chauny, à la République.
Un moment encore l’écho des applaudissements se répercute au dehors, mais ils y rencontrent ceux des tambours et clairons des sociétés invitées qui arrivent et ont hâte de prendre leur place dans le cortège pour les inaugurations.
Le défilé
En même temps que les sections d’Anciens Combattants, l’Harmonie Municipale de Chauny, conduite par son habile chef M. Ghislain, arrive sur la place.
Les commissaires se hâtent de placer leur monde et à trois heures le cortège est ainsi composé : l’Harmonie Municipale de Chauny, M. Damel, M. Accambray, M. l’inspecteur primaire, M. Mauban, M. Colleau, M. Lequeux et tous ses collègues du Conseil Municipal, les maires des communes voisines déjà cités, auxquels se sont joints MM. Luc Lefèvre, maire de Chauny, Clément, maire de Béthancourt-en-Vaux, Margottet, maire de Caillouël ; puis les Anciens Combattants de Guivry-Beaugies, la Compagnie d’Arc de Guivry, les sections d’Anciens Combattants de Neuflieux, Béthancourt-en-Vaux, Guisacrd, Caumont, Commenchon, Ugny-le-Gay, La Neuville-en-Beine, Caillouël et différentes délégations.
Le signal du départ est donné ; au son d’un joyeux pas redoublé le défilé commence à travers le village où de nombreux visiteurs sont venus en autos, en autocar ; les fillettes et les jeunes filles vendent des insignes, les recettes seront excellentes – jusqu’à la prochaine averse hélas !
A la Mairie-Ecole
Sous la brise plus forte le feuillage des bouleaux plantés en bordure des trottoirs s’agite, on dirait une myriade de petites mains qui saluent au passage et le bruissement des arbustes se mêle aux notes qui s’égrènent sur la route où chaque pas nous rapproche de la mairie et de l’école reconstruites.
Ces deux bâtiments n’en font qu’un ; il convient de louer l’initiative et le talent de l’architecte qui a su tirer le meilleur parti du terrain disponible :
Au rez-de-chaussée : Une vaste salle de classes où l’on accède par un large perron ; de l’air et de la lumière à profusion ; au dessus : la salle de mairie proprement dite d’où la vue s’étend sur une grande partie du terroir et des bois communaux – quel autre endroit dira plus tard M. Damel, pouvait-on mieux choisir pour travailler ? – de là, le conseil  en séance embrasse une partie de la commune et des biens dont il a assumé la défense. C’est exact !
L’aile droite est destinée au logement de Mme Latappy ; logement confortable où, la classe terminée, la maîtresse aura plaisir à se retrouver ; puis une cour spacieuse dans laquelle les petits prendront leurs ébats sans aucun danger, l’accès à la rue étant défendu par des grilles.
L’Harmonie massée dans la cour et chacun ayant pris place pour bien voir et surtout bien entendre, M. Lequeux, décidément infatigable, reprend la parole :
Mesdames, Messieurs,
Au nom du Conseil Municipal de Guivry, auquel s’associe la population toute entière, je remercie M. Riffaulx inspecteur primaire, d’avoir bien voulu nous faire l’honneur d’accepter de présider à cette fête d’inauguration de la Mairie et de l’Ecole.
J’adresse également mes remerciements à M. le préfet de l’Aisne alors que dans une lettre d’excuses, ne pouvant présider à nos inaugurations s’est fait représenter par son dévoué Vice-président du conseil de préfecture M. Damel, ainsi que M. Accambray, député et conseiller général qui, à mon invitation s’est empressé de me répondre qu’il se faisait non seulement un plaisir, mais un devoir de présider à nos fêtes d’inauguration.
Mes remerciements s’adressent également à M. Maubant, conseiller d’arrondissement et à notre très dévoué M. Colleau secrétaire général du groupe des combattants de l’Aisne, qui a tout fait pour être des nôtres aujourd’hui. Je ne puis oublier MM. les maires du canton et des communes limitrophes, les jeunes filles de la commune et toutes les sociétés d’Anciens Combattants qui sont venus assister  à nos inaugurations dans le but de rehausser l’éclat de notre cérémonie.
Je croirais manquer à mon devoir si je ne me faisais pas l’interprète de toute la population en adressant mes félicitations à M. Férouelle adjoint au maire qui a accepté d’aussi bonne grâce de nous prêter son concours si précieux en mettant à notre disposition en sa qualité de Président, l’Harmonie municipale de Chauny. Nos remerciements s’adressent également au dévoué et distingué chef M. Ghislain et à tous les musiciens.
Aussi les enfants encouragés par leur dévouée maîtresse et installés aussi confortablement, vont redoubler de zèle et auront à cœur de travailler consciencieusement pour devenir de bons citoyens éclairés et instruits, en un mot, de bons français dignes de notre patrie.
Le Maire de Guivry, vigoureusement applaudi, cède la place à M. Riffaulx, inspecteur primaire.
M. Riffaulx apprécie l’attention délicate de la Municipalité qui a réuni en ce même jour la fête du souvenir et celle de l’école.
Si nos morts furent vaillants, dit-il, c’est que l’école avait formé leur cœur comme leur cerveau ; leur sacrifice est d’un bel exemple pour les générations futures qui plus heureuses, il faut le souhaiter, ne connaîtront plus les terribles époques de l’invasion et de la destruction ; la commune de Guivry a envisagé sa reconstruction dès que les circonstances le lui ont permis, mais elle a considéré qu’il fallait d’abord penser à la maison d’école et l’inspecteur s’associe aux sentiments exprimés par M. Lequeux sous une forme aussi sensible.
C’est aussitôt l’occasion pour M. Riffaulx de rappeler quelques souvenirs ; il a refait un long historique de l’école de Guivry pendant la guerre et notamment en 1917 où un instituteur soldat, groupant les enfants dans une ancienne salle de bal, put reprendre l’instruction et l’éducation fortement compromises par les circonstances de la première occupation. Puis on arrive au mois de mars 1918 ; le 24, c’est l’évacuation précipitée, la zone menacée vient d’être envahie à nouveau.
Après l’armistice l’espérance renaît ; il reste un petit noyau d’habitants parmi lesquels le maire, qui s’empresse d’écrire à l’inspecteur pour lui demander l’envoi d’un instituteur à Guivry. C’est la réorganisation de la vie locale ; l’instruction va être donnée aux enfants qui en ont grand besoin ; voici l’école provisoire dont les baraques après maintes péripéties sont enfin habitables ; un peu partout des écoles marraines envoient des livres aux enfants ; Guivry semble avoir été oubliée, mais non ! l’Union des Femmes de France de Barcelone à qui l’inspecteur a signalé la commune, envoie un mobilier scolaire.



Nous voici en 1923, le local provisoire n’est plus bon ; il faut se hâter de construire du définitif ; au mois de juin de la même année, le projet Lisch est étudié puis adopté et voici Guivry dotée d’une école qui a vraiment belle allure et dont la disposition intérieure est judicieuse ; un compliment en passant à l’architecte, à l’entrepreneur et aux ouvriers ; un compliment également à ceux qui ont voulu que la maison commune soit digne de la population éprouvée.
Dans cette école les enfants recevront l’instruction essentielle ; ils ont en Mme Latappy une excellente maîtresse qui a fait ses preuves et que M. Riffaulx qualifie de « femme très méritante » puis l’orateur conclut ; à cette belle construction il faut votre âme collective pour que dans la paix sociale se poursuive le développement de nos institutions démocratiques.
Une charmante blondinette, Rolande Brunet, très crâne, gravit le perron et vient dire à M. Riffaulx un compliment au nom des écoliers de Guivry. 
Monsieur l’inspecteur,
Au nom de mes camarades, je viens vous témoigner nos sentiments de vive gratitude et vous remercier d’avoir bien voulu nous faire l’honneur de présider à l’inauguration de notre école.
A la place du modeste baraquement, conséquence de la barbarie allemande, nous sommes heureux et fiers de voir s’élever cette école, gaie, accueillante, faite pour la joie et la santé et où l’effort ne peut être que plus facile.
C’est avec un sentiment de joie que nous en avons pris possession en nous promettant d’y travailler avec ardeur.
Ce sont ces promesses faites seulement à nous-même, que nous tenons à renouveler en ce jour.
Par notre travail, notre application, nous voulons continuer la tâche commencée par nos aînés et suivre ainsi la voie qu’ils nous ont si noblement et si généreusement tracée.
Du fond du cœur nous vous saluons, Monsieur l’inspecteur ; nous saluons aussi les autorités qui nous ont fait l’honneur de vous accompagner et nous vous disons, ainsi qu’à ceux qui ont contribué à faire édifier notre école : merci !
L’inspecteur écoute, fort intéressé par les paroles et la bonne diction de la fillette qu’il embrasse.
L’Harmonie Municipale de Chauny exécute alors la Marseillaise que toute l’assistance entend debout ; la Mairie-Ecole est officiellement inaugurée.



Le Monument aux Morts
Une stèle pyramidale de granit blanc sur un socle sobrement agrémenté ; une croix de guerre, une palme, aux faces opposées ; puis sur les deux autres faces, les noms de ceux dont on glorifie la mémoire et dont on veut perpétuer le souvenir.
Victimes militaires : Bonneterre Armel, Cardon Auguste, Carpentier Leon, Dantigny Maurice, Gentilini Etienne, Jadin Gabriel, Lalouette Paul, Lienard Jules, Lievrard Maurice, Mutel Albert, Poiret Fernand, Tardieux René, Target Georges.
Victimes civiles : Carpentier Albin, Carpentier Lucien, Duval Cyrille, Josse Fernand, Lienard Ernest, Sagnier François.
Telles sont les deux listes que nous pouvons noter, le voile tricolore qui cachait le monument étant tombé.
Dès qu’apparaît « la pierre du souvenir » l’Harmonie joue la Marseillaise ; ensuite, la sonnerie « Aux Drapeaux » retentit et les étendards s’inclinent autour du monument saluant les noms des soldats et des civils également tombés pour la France ; l’instant est particulièrement impressionnant.
M. Colleau, secrétaire général de la Fédération des Anciens Combattants de l’Aisne, monte à la tribune érigée face à la stèle puis il prononce une vigoureuse et patriotique allocution que nous regrettons de ne pas reproduire faute de place : l’analyser serait lui ôter le meilleur de ce qu’elle contient puisqu’elle a fait vibrer à l’unisson tous les cœurs des anciens soldats de la longue et terrible guerre, comme aussi elle a réveillé chez de nombreux vétérans le souvenir de « l’autre » dont on ne parlait plus parce que c’était la consigne de penser seulement aux deux provinces perdues…
M. Colleau retrace la grande épopée ; les offensives, les résistances, les défaites partielles, les espoirs puis l’armistice et le traité de Versailles qui nous fut imposé par les puissances occultes qui dirigent la France.
Pour conclure, notre concitoyen pose la question à laquelle a fait récemment allusion la fédération interalliée des Anciens Combattants :
« Est-ce la civilisation qui tuera la guerre ou bien la guerre qui tuera la civilisation ? »
Ce discours terminé et chaleureusement applaudi, M. Colleau procède à la remise du drapeau à la section des Anciens Combattants de Guivry-Beaugies-sous-Bois ; M. Duval, président, le reçoit au nom de la section et le remet aux mains de M. Godard Désiré, mutilé de guerre, médaillé militaire et, à ce double titre, digne de porter l’emblème autour duquel les Anciens Combattants resteront désormais unis comme ils le furent pendant quatre ans face au danger.
Nouvelle sonnerie « Aux Drapeaux » et voici Melle Hélène Lequeux qui vient au pied du monument, dire l’émouvant poème où chaque strophe est marquée d’une sonnerie de clairon : c’est le « réveil » pour qu’ils reviennent un instant parmi nous et voient que leur souvenir ne meurt pas en nous ; c’est le « garde à vous » les drapeaux sont là et derrière, les anciens tous groupés pour saluer ceux à qui la patrie a demandé le plus.
Enfin, c’est « l’extinction des feux » ; reprenez votre sommeil : sur votre tombe que de pieuses mains fleurissent la foule vient et prie…reposez en paix vous à qui nous devons tant de reconnaissance !
On sent qu’un même mouvement pathétique se traduit parmi les assistants ; cet appel des morts par une jeune fille incarnant toute la joie de vivre, tout l’espoir du pays a quelque chose d’intraduisible en la circonstance…
(Unissant dans la même pensée les victimes de la guerre et le fils de M. Lequeux, enlevé à l’âge de 16 ans à l’affection des siens, nous nous sommes inclinés devant l’énergie de cet homme, de ce père qui, après les heures douloureuses de la guerre et en plein effort de reconstruction de sa commune, a eu la profonde douleur de perdre l’enfant auquel il espérait confier plus tard, à l’heure du repos, son exploitation agricole.)
M. Lequeux, maire, le premier prend la parole.
Une averse d’abord supportable avait contrarié l’inauguration de la mairie ; elle n’avait été que passagère ; mais bientôt un vent violent amena l’ondée serrée, torrentielle, puis la grêle. Ce fut un « sauve-qui-peut » général et la chapelle provisoire, toute proche, abrita une partie du public où M. Maubant puis M. Accambray purent discourir pendant l’orage.
M. Damel clôtura la deuxième série de discours par un appel fort sensé à la paix, à l’union et à la concorde, s’en reposant à l’esprit de fraternité qui anima toujours les populations des campagnes et cette vieille race des travailleurs des champs dont la France a tant besoin.
M. Luc Lefevre, maire de Chauny avait orné la boutonnière de son veston d’un magnifique œillet rouge, l’œillet cher à Paul Déroulède, symbole à n’en pas douter des sentiments républicains et patriotiques de notre maire.
Al’occasion de son discours, M. Maubant parla de Jean Jaurès, longuement et de la guerre qu’il faut éviter par tous les moyens – parfait ! Mais sans froisser les sentiments patriotiques de ceux qui fiers de leur double titre de poilus héroïque ont bien le droit de se grouper autour du drapeau national



mercredi 13 mai 2020

GUIVRY - EPHEMERIDE - 13 MAI

Cela s'est passé le 13 Mai 1917

Retour de la 10° compagnie du 417° Régiment d’Infanterie, faisant office de dépôt divisionnaire (D.D.). (Edouard restera à Guivry de Mai à Juillet 1917). Edouard Coeurdevey a rédigé des carnets pendant toute la durée de la guerre, nous le retrouverons au fil des jours dans Guivry.


Journal d’Edouard :
« Un clair matin de printemps, départ de Caillouël. Nous avons gravi la cote 167, un dernier regard jeté à l’ample vallée de l’Oise en fleurs, puis c’est la marche dans la forêt frissonnante : les jeunes feuilles baignent dans des parfums de muguet ; la colonne glisse comme une lente couleuvre dans un chemin creux, débouche en plaine : Guivry – dans les fleurs.
La nature est plus forte que la haine. Elle fait éclater l’espoir dans les champs désolés et recouvre les villages en ruines d’un manteau de fleurs : un voile blanc jeté sur un cadavre.
Pauvre France ! Pauvre village, pauvres paysans. Il est des agglomérations entièrement rasées. Il ne reste rien à envier, personne pour pleurer. Ici, la destruction fut plus douloureuse étant incomplète : le choix des victimes fait mieux ressortir le sadisme du bourreau.
Nos hôtes sont particulièrement éprouvés. Trois hommes et trois jeunes filles de la famille ont été emmenés en servitude. Les trois maisons possédées par la famille ont été incendiées la veille du départ des monstres.
La jeune femme fait le récit des horreurs, la grand-mère écoute, les larmes roulent de ses vieux yeux ternes.
Deux scènes particulièrement frappantes.
Première scène.
Une nuit de février, à cinq heures, une patrouille prussienne, baïonnette au canon vient heurter aux portes des maisons dont la liste est entre les mains d’un sous-officier.
Les femmes réveillées en sursaut, les coups violents. C’est ici chez X ? Bien. Dans votre famille il y a Monsieur X, Mademoiselle unetelle….
« - Oui »
« - Bien. M.M. tel, tel… se rendront à six heures à la Kommandantur. Une voiture les emmènera. Qu’ils prennent avec eux un petit paquet de ce qu’ils voudront. Adieu. Soyez exacts, sinon amende. »
Et la patrouille va de porte en porte, les derniers de la liste sont prévenus une demi-heure, un quart d’heure à l’avance.
Les jeunes filles doivent se vêtir en hâte, maris laisser leur femme, et mères leurs enfants, sans avoir le temps de s’embrasser et partir sans même avoir pu se laver ni se peigner, s’en aller ainsi brutalement de la chassie et des larmes aux yeux, dans l’inconnu.
La scène de l’Italien, veuf, seul avec sa fillette malade, suppliant qu’on ne l’arrache pas à son enfant.
« - Je suis étranger. Je n’ai ni parents ni amis, je ne puis abandonner sur son lit cette enfant. Je ne vous ai rien fait. »
« - Je ne suis pour rien dans la guerre, laissez-moi, pour mon enfant ! »
« - Tonnez la kamine au foisin et en route, hop. »
Et le pauvre diable, aidé d’un coup de crosse, monta dans la voiture.
La maison où est mon bureau appartenait à un des meilleurs propriétaires du village, n’exploitant avec sa femme et sa fille de vingt-quatre ans, qu’une partie de son domaine, le reste en location.
La maison d’ailleurs étant cossue, devait loger des officiers.
Le père, plusieurs fois, rabroua sa jeune fille accostée, entourée par les hôtes importuns :
« - Ce n’est pas ta place, vas donc à la cuisine. »
Il lui en fut gardé rancune. Et le jour de l’enlèvement des déportés, le père, la mère, la jeune fille figuraient sur la liste.
La maison abandonnée au pillage. Le grenier offre un spectacle à pleurer. Le linge fin est déchiré, épars, souillé, perdu au milieu d’édredons éventrés, d’ustensiles de cuisine cassés, de meubles brisés.
Deuxième scène. Celle de l’incendie.
La veille du départ des Boches, la population reçut ordre de prendre un paquet des objets les plus précieux et de se réfugier à l’église, car le village devait être détruit :
« - Comment ! (me raconte la jeune femme) nous vous avons reçus pendant plus de deux années, nous vous avons hébergés, soignés, blanchis, vous avez eu tout ce qui vous a fait plaisir, ce que nous ne voulions pas donner vous l’avez pris, vous nous avez pris nos récoltes, nos vaches, nos chevaux, vous nous avez pris jusqu’au dernier lapin et maintenant que vous avez tout épuisé, qu’il ne nous reste que nos maisons pour nous abriter, vous allez encore nous ôter cela et nous les brûler ?? C’est cela votre remerciement ! »
« - Ah ! Madame, gros malheur. C’est la guerre ! Mais c’est un ordre, allez vite à l’église. »
Et les malheureux affolés, éplorés, femmes, vieillards, enfants se tassèrent avec leurs paquets dans l’église.
Les soudards ricanaient à la vue de tous ces paquets dont le tas grossissait vite au milieu de la nef :
« - Oh ! Vous ! Encore beaucoup riches. Une grenade (incendiaire) là-dedans. »
Et ils faisaient le geste féroce de lancer la grenade, et ils s’amusaient de la terreur crispée sur les visages. Puis L’horrible nuit commença. L’une après l’autre, après les détonations de la grenade incendiaire lancée par l’équipe de bandits, les granges s’allumèrent… Les grandes flammes éclairaient l’intérieur de l’église et les pauvres gens assistaient impuissants à la destruction de leurs foyers ; ils épiaient la direction des flammes et des explosions. Tiens, c’est chez « Pierre » ! Tiens, c’est chez « Michel ». Et les familles « Pierre » et « Michel » se tordaient de désespoir épouvanté.
La première nuit de ce martyre les misérables ne détruisirent que les granges.
Le lendemain, sous les yeux des fermiers, ils cassaient à coup de hache les instruments aratoires, sciaient les rais des roues de ces énormes tombereaux picards, ou bien y mettaient le feu.
Dans les cours aujourd’hui, on voit encore des tas de ferraille calcinée ou des herses, des voitures sciées, brisées… La ruine du pays assurée, son relèvement paralysé. Puis dans l’après-midi quand les spahis parurent à l’horizon, les maisons où la sympathie pour l’Allemagne ne s’était pas traduite assez vivement s’allumèrent à leur tour. Les plus belles habitations.
Là où les femmes avaient été viles, l’indulgence fut accordée… Et c’est une triste chose dans chaque village de voir que les gens de bien et de cœur furent châtiés tandis que les hypocrites, les fourbes et la fripouille furent épargnés. La main de Dieu pesa durement sur les familles honnêtes, sur l’élite morale de la population.
C’est bien celle-ci qui fut décimée, ruinée, martyrisée, dispersée.
Et hélas, l’injustice et l’iniquité se continue, se multiplie comme les orties ; les secours, les dons, l’aide que le gouvernement ou des Comités d’inspiration généreuse s’empressent d’envoyer aux populations délivrées ne vont en grande partie qu’à ceux qui en sont indignes. Ce sont ceux-là qui ont aujourd’hui le haut du pavé. Hier, ils étaient souris, vivent les rats, maintenant ils sont oiseaux, vive la France…
Ils font les empressés ; à eux le soin de les répartir. Et quand on aura fait sur la terre une répartition équitable et désintéressée les épines produiront du raisin. Ainsi, il a été envoyé ici un premier lot de vingt-quatre poules et quatre coqs – pour reconstituer la volaille des anciens fermiers.
Ce sont quatre propriétaires qui n’étaient pas fermiers, quatre petits rentiers qui se les sont attribués.
Et comme la voisine disait à l’un d’eux :
« - Puisque vous avez reçu des poules vous allez les « assir » et vous nous donnerez une paire de poulets ? »
« - Je vous donnerai de la merde, fut-il répondu textuellement. »
Ainsi sont les hommes !...
Il y aurait un beau recueil à faire sur les tours, niches, que les « schlauen Franzosen » (rusés Français) ont joués au Boche inquisiteur et bourreau.
- La dissimulation des états civils pour échapper aux réquisitions.
- La vie des hommes dans les bois les premiers mois de la guerre.
- Les deux Anglais cachés durant deux ans par une bonne vieille qui meurt…Les prétendus sacs de pommes de terre à la cave. Découverte du subterfuge. »

mercredi 11 novembre 2009

GUIVRY - 11 NOVEMBRE 2009

Commémoration du 11 novembre 1918. Départ du défilé devant la Mairie. .
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Dépôt de gerbes au monument aux morts. .
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Appel des morts.
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Morts au champ d'honneur
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Bonneterre Armel
Cardon Auguste
Carpentier Léon
Dantigny Maurice
Gentilini Etienne
Jadin Gabriel Lalouette Paul Lienard Jules Liévrard Maurice
Mutel Albert Poiret Fernand
Tardieux René
Target Georges
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Morts pour la France (Victimes civiles).
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Carpentier Albin
Carpentier Lucien
Duval Cyrille
Josse Fernand
Lienard Ernest
Sagnier François .
Lecture du discours par Murielle Pestel-Chevrin, premier adjoint.
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"Mesdames, Messieurs les élus, Messieurs les représentants d'associations d'anciens combattants, Mesdames, Messieurs, chers enfants,
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Le lundi 11 novembre 1918 à 11h00 du matin, les cloches se sont mises à carillonner dans tous les villages et toutes les villes de France pour annoncer la fin de la guerre.
Sur le front, de jeunes clairons s'époumonaient pour sonner le cessez-le-feu ou la Marseillaise, face à des soldats Allemands qu'ils pouvaient, pour la première fois depuis quatre ans, regarder en face.
L'armistice, signé à Rethondes quelques heures auparavant, mettait fin à la grande guerre, la soi-disant "Der des der", qui laissait dans son sillage sanglant plus de huit millions de morts et six millions de mutilés.
Derrière ces chiffres monstrueux, cette terrible hécatombe, autant de souffrances indicibles, de destins broyés, de vies brisées, de familles détruites à jamais.
Si nous sommes ainsi réunis, autour de ce monument, c'est pour rendre hommage à ceux qui sont tombés, qui ont été meurtris dans leur âme et dans leur chair, pour défendre la Liberté, l'Egalité et la Fraternité, valeurs fondamentales de notre République, que l'on ne mesure véritablement que lorsqu'elles sont en danger.
Là encore, il ne s'agit pas de simples mots, d'une devise, mais d'un appel au respect de soi et de l'Autre, au devoir de responsabilité et de justice.
Alors que nous sommes au début d'un nouveau siècle, sachons ne pas reproduire les erreurs du passé, tirons les enseignements des conflits mondiaux qui ont endeuillé le vingtième siècle afin de construire un avenir pacifié, particulièrement sur notre continent européen.
Avec la crise économique que nous connaissons, la tentation du repli sur soi est forte. Espérons que nos dirigeants sauront prendre les mesures qui s'imposent pour que l'ouverture, le métissage, la valorisation de la diversité, le dialogue fraternel entre les peuples prévalent toujours sur la surenchère, la concurrence, l'individualisme et le chacun pour soi. Il en va de l'avenir de nos démocraties et de notre "vivre ensemble" Républicain.
Il est donc, dans ce contexte, indispensable de rappeler que la fin de la première guerre mondiale est devenue un symbole de paix qui se prolonge aujourd'hui dans la construction de l'Union Européenne.
Une Europe de liberté et de solidarité, unie par la seule volonté des nations qui la composent et qui demeure une garantie précieuse contre la répétition de tels désastres.
Aujourd'hui, 91 ans après la fin de ces terribles évènements, alors que les derniers témoins se sont éteints, il nous appartient, afin que nul n'oublie, que nul n'ignore l'absurdité et l'atrocité de la guerre de continuer à porter le flambeau du souvenir...
Oui ! La France doit se souvenir de ses enfants et de tous les hommes venus d'ailleurs pour mourir sur son sol.
En effet, s'il est vrai que les hommes meurent deux fois, la première fois le jour de leur décès et la seconde lorsque plus personne ne parle d'eux, alors, ayons garde de toujours préserver le souvenir des soldats de la "Grande Guerre"." .
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La cérémonie continue par un passage au cimetière où est observée une minute de silence. .
Lecture de quelques mots par Murielle Pestel-Chevrin:
"Pour rendre un dernier hommage solennel aux enfants de Guivry morts durant la Grande Guerre pour notre liberté, je reprendrai simplement quelques mots de Victor Hugo."
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"Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie
Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie
Entre les plus beaux noms, leur nom est le plus beau
Toute gloire auprès d'eux passe et tombe éphémère
Et comme ferait une mère
La voix d'un peuple entier les berce
En leur tombeau."
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