Cela s'est passé à Guivry le 18 Mars 1917
Journal du Lieutenant Hans Altrogge d'Arnsberg – 205° Régiment
d’infanterie de réserve Allemand :
« Tôt, ce dimanche matin, nous avons emménagé dans un
lieu différent. Guivry avait déjà quelques maisons détruites. Les villageois
avaient reçu l’ordre de nettoyer et vider leurs maisons. Les personnes âgées
ont eu du mal à enlever leurs affaires. Tout a été trainé dans l’église parce
qu’elle ne devait pas être détruite. Je trouvais tout cela affreux. Seules les
choses nécessaires ont été autorisées à être prises. Beaucoup de personnes
âgées ont ainsi vu disparaitre en un jour, ou en quelques heures, ce qu’elles
possédaient, la totalité de leurs biens. Le travail de toute une vie détruit. A
la vue de l’anéantissement, la réaction des habitants et des enfants qui
hurlent étaient faciles à comprendre. Dans l’après-midi, d’autres maisons et
des granges ont été brûlées. L’air était opaque à travers la fumée dense. Comme
la plupart des maisons étaient déjà abandonnées, les soldats sont partis à la
recherche d’objets utiles mais surtout de nourriture. Les pommes de terre
étaient abondantes et elles ont été cuites ou frites tout au long de
l’après-midi.
Le soir, après 22h00, nous sommes partis en direction de Béthancourt,
Villequier-Aumont et enfin Tergnier où nous avons installé nos tentes. Que
ce soit à Guivry, Tergnier et partout dans les villes et villages des environs,
il y avait des incendies, beaucoup de maisons ayant subi des explosions. Le
ciel était rouge sans dans toutes les directions, de gros nuages de fumée
dégageaient une odeur piquante. Les seules choses épargnées étaient les
églises. Les poteaux télégraphiques ont été sciés, les fils ont été coupés. Les
passages à niveau ont été dynamités. Même les arbres fruitiers ont été éliminés.
Les peupliers ont été abattus, les arbres étaient croisés dans les rues pour
former des obstacles importants à la circulation. Partout une image d’horreur.
Cette région n’oubliera jamais Mars 1917. Combien de villes et villages
prospères sont en ruine. Nous ne sommes pas à blâmer pour cette destruction. Si
la France avait bien compris l’offre de paix de l’empereur Allemand, elle
aurait accepté et les villes et villages de cette région seraient toujours là.»

